Une Île Fantastique

Une ballerine et un pirate attendaient près de nous à l’arrêt de tram. Ils avaient l’air enthousiaste mais j’ai remarqué qu’elle avait froid. Il y avait du vent à La Laguna, comme toujours, et ses jambes se serraient l’une contre l’autre à la recherche d’un peu de chaleur. Cette petite ville nous donnait l’impression d’être en Amérique Latine avec ses maisons colorées bordées de pierres volcaniques et de bois. Ses habitants étaient détendus et leur langue était plus chantante qu’en Espagne.

Quand ils ont vu le tramway s’approcher, un dinosaure et un clown qui se trouvaient de l’autre côté de la rue ont commencé à se presser. Alors qu’ils couraient, la tête du tyrannosaure hochait d’un côté et de l’autre et les boucles oranges du clown rebondissaient. Ça m’a fait sourire et nous sommes tous montés à bord du tram.

Pendant notre voyage nous pouvions voir les nuages s’accrocher dans les montagnes volcaniques et 400 mètres en dessous de nous, la mer reflétait le ciel et scintillait. Pendant que nous descendions lentement, nous voyions passer des peintures murales et d’autres personnages excentriques rejoignaient le convoi. Santa Cruz, la capitale, était très différente de la petite ville coloniale que nous venions de quitter. L’architecture était plus moderne et la végétation luxuriante. Les feuilles des plantes se coloraient de violet ou de rouge et certaines branches coulaient de leur arbre pour atteindre le sol.

Quand nous sommes descendues du tram, la chaleur nous a rappelé que nous étions sous les tropiques ; il faisait au moins 5 degrés de plus qu’à La Laguna et ici on ne sentait pas le vent du nord. Plus tard il ferait encore plus chaud lorsque des milliers de gens se réuniraient dans les rues, même après la tombée de la nuit. Nous venions juste d’arriver dans un autre monde ; nous étions entourés de personnages colorés, de joie et de musique. Le carnaval de Tenerife commençait bien.

Nous sommes allés dans un bar commander un « barraquito », le café typique de l’île. César lui-même, le grand empereur, nous les a servis dans des tasses transparentes qui nous permettaient d’apprécier les différentes couches de couleurs ; le lait concentré, le lait avec le café et quelques gouttes de liqueur dans le fond. Ils étaient parfaits, le zeste de citron et la cannelle les sublimaient. L’endroit était bondé, comme chaque coin de la ville, et cette journée j’ai rencontré plus de célébrités que dans le reste de toute ma vie. Le Pape était là pour l’occasion, Ronaldo également et Trump était plus orange que jamais.

Quand mon amie m’a dit qu’elle allait se déguiser en esthéticienne, je n’ai pas compris comment elle allait faire pour que ce soit évident. Mais ensuite j’ai réalisé que les gens n’étaient pas simplement déguisés, ils se transformaient. De retour dans la rue, mon amie a installé son petit stand au milieu de tout le monde et elle a commencé à arrêter les gens qui passaient. Elle attrapait par le bras ceux qui n’étaient pas maquillés et leur disait : « Mais attends, c’est carnaval, tu n’peux pas sortir comme ça enfin, laisse-moi arranger ça !» Et elle leur mettait un coup de spray à paillettes sur les cheveux, du vernis à ongle… Alors j’ai pensé « ok, elle est esthéticienne ».

On a passé des heures à errer dans les rues en suivant la musique et en nous amusant avec des personnages venus d’un autre monde. Certains avaient curieusement pris vie, ainsi nous rencontrâmes Mary Poppins ou les soldats en terre cuite de Chine, et d’autres étaient revenus du monde des morts comme Frida Kahlo. Sur notre chemin du retour, Freddy Mercury, promenant sa moustache et un aspirateur nous cria « I want to break free ! ».

 

 

 

2 thoughts on “Une Île Fantastique”

  1. Coralie, j’ai vraiment aimé ton article, j’ai beaucoup aimé… Désolé je pense que ce sera mieux si j’écris en espagnol, désolé. Coralie, nunca me había llamado la atención el carnaval, siempre lo había considerado una excusa, un pretexto para huir de uno mismo, para ser quien no eres, para ser quien querías ser, para ser otra persona, para ser libre una vez al año y escapar de la rutina. Pero ahora tengo que decir que con tu artículo, con la manera en que cuentas cómo es el carnaval de Tenerife, no me ha hecho falta ningún disfraz, ni siquiera una máscara o spray en el pelo. Coralie, leyendo tu artículo estoy dentro del carnaval, me llevas allí, me haces escapar, sentir lo que nunca he vivido y sin pasar el frío que tendría la bailarina. Me has hecho libre, me has hecho vivir otra vida. Tú me haces vivir. Merci Coralie

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *